Ce soir, sur France Ô passe le documentaire-fiction "Bois d'ébène". L'oeuvre signée par le cinéaste sénégalais Moussa Touré, est diffusée le 10 mai  dans le cadre de la journée nationale des mémoires et de réflexion sur la traite, l'esclavage et de leur abolition. 

Il décrit le temps de la traite négrière et de l'esclavage dans les Antilles françaises, en tenant compte des avancées de la recherche historique sur ce thème . Il s'appuie sur de nombreuses archives réelles : récits d'esclaves, carnets de bord des capitaines de bateaux négriers, lettres d'armateurs propriétaires de ces bateaux...

Les colonies françaises seront jusqu'en 1848 l'un des derniers bastions de la traite négrière entre l'Afrique et les Amériques.
«En 1825, la traite des Noirs, interdite par la France depuis sept ans, est désormais clandestine. En Afrique, deux jeunes gens, Yanka et Toriki, se font capturer dans leur village du Golfe de Guinée. Comme 12 millions d’Africains en près de quatre siècles, ils vont être vendus comme esclaves de l’autre côté de l’Atlantique.
.
Les vies de Yonka et Toriki basculent quand leur village est attaqué et qu'ils sont faits prisonniers avant d’être vendus comme esclaves à un négrier français, originaire de Nantes. Le documentaire-fiction Bois d'ébène raconte leur inhumaine traversée pour rejoindre les Antilles, leur vente, la vie dans les «habitations» et leur combat pour reconquérir leur liberté. Souvent au péril de leur vie.

«En 1794, la Convention montagnarde abolissait l’esclavage aux colonies françaises, écrit l’historien Francis Arzalier. «Mais le décret ne sera pas appliqué à la Martinique, livrée aux Anglais par les colons, ni à la Réunion, aux mains de propriétaires blancs». Et l'esclavage sera rétabli officiellement par Napoléon.

Il faudra attendre le 27 avril 1848 pour que Victor Schoelcher, sous-secrétaire d'État à la Marine dans le gouvernement provisoire, réussisse à faire voter le décret d’abolition de l’esclavage. Il «sera entièrement aboli dans toutes les colonies et possessions françaises deux mois après la promulgation du présent décret dans chacune d’elles».

«Le décret a été appliqué aux Antilles grâce au soulèvement de la population noire: à Fort-de France et Saint-Pierre en Martinique le 22 mai, et en Guadeloupe le 27, soit deux mois avant la date prévue par le décret parisien», souligne l'historien Francis Arzalier. En 1848, «la deuxième République libérait enfin les 250.000 esclaves de Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion»

J'ai vu ce film l'année dernière à cette même date. Il m'a tant marqué que je me souviens encore des images. Le film s'attarde sur la traversée, l'entassement , les méthodes d'hygiène (vinaigre pour le corps et citron pour les yeux). Tous ces hommes, femmes, enfants arrachés à leur terre et à leur vie et qui ne savent pas ce qui les attend.

Je me souviens aussi particulièrement d'un dialogue entre le capitaine du bateau-négrier et du moussaillon qui s'inquiète de savoir si les "nègres" ont une âme. "Sans doute ont-ils une âme puisque ce sont des hommes et que les hommes sont des créatures de Dieu" répond le capitaine. "Alors ce que nous faisons est mal" s'inquiète le jeune homme. "Non, lui répond le capitaine, Il a créé les hommes différents, et s'Il a créé les nègres inférieurs, c'est pour qu'ils servent les blancs"

En regardant ce film, on ne peut s'empêcher de se dire : "mais comment a-t-on pu faire des choses pareilles  ? Traiter des humains comme de la marchandise ? Tout ça pour des intérêts économiques ? Parce que certains se pensaient "supérieurs" ? Et parce que se pensant "supérieurs" on s'arroge le droit de priver de liberté, le droit de vie ou de mort ?"

Et vous savez quoi ? Cela m'a amené aussi à d'autres êtres vivants, par millions, par milliards,  à qui nous faisons vivre, aujourd'hui, des horreurs bien similaires. Et je crois que dans quelques siècles, quelques décennies peut-être, quand les humains d'alors se retourneront sur leur passé ils diront, parlant de nous : "mais comment ont-ils pu faire des choses pareilles ?"